Après le second incendie qui ravagea le quartier, le cardinal fit déplacer son théâtre et un jeune homme qui venait de reprendre la rôtisserie familiale située à quelques centaines de mètres de là, vint s'y installer. Il s'appelait Cyprien Ragueneau et devient rapidement, le plus célèbre rôtisseur de la capitale. Ses pâtés en croûtes étaient si réputés que les puissants de Paris venaient s'y régaler. Le cardinal de Richelieu lui-même était un de ses fidèles clients.
Mais parmi ses habitués de hauts rangs, venait aussi une foule de personnages attachés au monde du spectacle et des lettres. L'écrivain Cyrano de Bergerac en faisait partie…
LE RAGUENEAU restaurant - bar- salon de thé a été repris, en 2004, par un jeune chef déjà bien connu dans le monde de la restauration, Vincent Sitz. Issu des plus grands noms de la cuisine française, Chevalier de l'Ordre de Saint-Fortuna, Vincent Sitz a su redonner à ce lieu historique, par la qualité de sa cuisine, une place importante et compte, entre autre, comme clients la troupe de la comédie française et les fonctionnaires du ministère de la Culture.
L'histoire de… Cyprien Ragueneau
Cyprien Ragueneau est né à Paris le 8 janvier 1608. Son père était vendéen et sa mère normande. Ses parents tenaient une petite auberge rue Saint-honoré. Le jeune homme apprit à faire la cuisine aux côtés de sa mère qui était une fine cuisinière. Très tôt il se mit aussi à écrire des vers, des poèmes, des pièces de théâtre qui ne furent jamais publiés.
Lorsqu'il prit la succession de ses parents à la tête du restaurant familial, son savoir-faire ainsi que sa gentillesse firent rapidement la bonne renommée de sa maison qui s'appelait à l'époque "Aux Amis de la Haulte Graisse" qui signifiait alors "Aux Amateurs de bonne Viande".
Le Cardinal de Richelieu qui dirigeait les affaires de la France passait régulièrement commande de Pâtés de viande et de poisson à Ragueneau. Le nom de "Pâtissier" était alors donné aux artisans qui fabriquaient des pâtés de viande ou de poisson. Les conseillers du Roi Louis XIII prenaient souvent leurs repas chez Ragueneau, et l'on disait dans tout Paris que les "Pâtés" de Ragueneau leurs tenaient lieu de jetons de présence !
Mais aussi beaucoup d'artistes, auxquels Ragueneau lisait tout ce qu'il avait écrit dans la nuit ; parmi ceux-ci le célèbre Jean-Baptiste Poquelin dit "Molière" qui venait de constituer sa Troupe "l'Illustre Théâtre" ainsi que le redoutable polémiste Cyrano de Bergerac, qui n'était absolument pas Gascon de naissance, Bergerac étant le nom d'une propriété familiale située dans la vallée de Chevreuse.
Ces deux artistes n'étant guère fortunés, Ragueneau, qui les admirait, leur faisait souvent crédit, quand il n'oubliait pas, tout simplement, de facturer leurs repas.
Ce qui n'était pas pour plaire à sa femme. Pour se venger, Madame Ragueneau, née Marie Brunet, ne se privait pas d'emballer les succulents Pâtés avec les écrits de son rôtisseur de mari. Pour le même prix les clients se nourrissaient le corps et l'esprit !
Il quitta la rue Saint-honoré avec sa femme et sa fille prénommée elle aussi Marie et s'en alla retrouver la Troupe de Molière qui jouait la comédie dans le sud de la France à Montpellier pendant les Etats Généraux de 1649.
Molière, en souvenir de sa gentillesse, engagea Ragueneau dans sa troupe, d'abord pour y faire la cuisine, ensuite il le fit jouer de petits rôles sur scène sous le nom de « L'Estang » et le chargea de moucher les chandelles après le spectacle.
Ragueneau vécut ainsi le rêve de sa vie, entouré des artistes qu'il aimait jusqu'à sa mort en 1654 à Lyon.
Sa fille Marie, surnommée « Marotte » par les comédiens se maria avec le Régisseur de la troupe de Molière, le comédien Lagrange. Le nom Lagrange est aujourd'hui le premier nom d'administrateur inscrit à la Comédie Française. Depuis le paradis des cuisiniers, Ragueneau doit en être très heureux.
Une légende prétend qu'aujourd'hui encore le maître Ragueneau donne de l'esprit à notre cuisine…
Le nom de Ragueneau est aujourd'hui célèbre grâce à la pièce de théâtre d'Edmond Rostand « Cyrano de Bergerac » et aux Amandines, ces délicieuses tartelettes à la crème d'amande nappée de confiture de framboise qui restent, avec le Millefeuille, la spécialité de la Maison.